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Le Rivage des Syrtes, de Julien Gracq

Quelques temps après La Littérature à l’estomac, ce pamphlet où il s’oppose violemment à la marchandisation de la littérature, Julien Gracq revient au roman avec Le Rivage des Syrtes.

Profondément en rupture avec la production de l’époque (qui se peuplait de romans existentialistes), cette histoire de la principauté d’Orsenna, une civilisation déclinante reproduisant sur le ton du mythe la montée du nazisme et la drôle de guerre.

Julien Gracq en 1951L’ouvrage est publié le 25 septembre 1951. Très vite, il attire les regards des lecteurs et de la critique. On lui prévoit les plus grands prix littéraires. Fidèle à sa vision de la littérature, Julien Gracq intervient dans la presse. Au Figaro Littéraire, tout d’abord, il dit qu’ « après avoir sérieusement détourné peut-être quelques jeunes (peu nombreux, qu’on se rassure) de la conquête des prix littéraires, [il ne] songe maintenant [pas] à la dérobée à [se] servir ». Il est donc « aussi résolument que possible, non candidat » au Goncourt (qu’on lui prédit), ni à aucun autre prix. Il affirme même, à qui veut l’entendre, qu’il refusera le prix s’il lui est attribué.

Notre exemplaireLe 3 décembre, l’Académie Goncourt annonce que Le Rivage des Syrtes décroche le précieux prix, dès le premier tour de scrutin (avec 6 voix contre 3). Conformément à ses déclarations, Julien Gracq annonce qu’il le refuse.

Devant le succès du roman (également lié à cette affaire), un deuxième tirage du roman doit fait par les éditions José Corti, moins d’un mois et demi après la première édition ! Les premiers exemplaires de ce tirage sont datés du 5 décembre, et la plupart, du 8 décembre (c’est d’ailleurs un tel exemplaire que la librairie vient de mettre en vente).

Le plus important, c’est que cette oeuvre majeure ait trouvé un public, et qu’un bon nombre de lecteur ait pu, à travers ce roman, découvrir la plume de l’un des plus grands écrivains de son siècle.