Archives par mot-clé : philosophie

D, comme … « Le Neveu de Rameau » de Denis Diderot

Je vais essayer de ne pas vous faire fuir tout de suite, malgré l’aspect parfois poussiéreux que l’on veut bien prêter aux classiques… Car ce serait une chose bien dommage : ce texte est proprement prodigieux !

1315609-Portrait_de_Diderot_par_GarandMa première lecture d’une oeuvre de Denis Diderot était tardive, en classe de philosophie, à l’Université. Je n’avais pas eu la chance d’avoir à me frotter à ses textes avant, au lycée, et c’est bien dommage.

Mais c’est tant mieux : le choc n’en a été que plus grand.

Ce premier texte, c’était « Le Rêve de d’Alembert », lu pour le cours d’épistémologie de ma première année de fac, je pense. Et là, je me suis dit : « On peut aussi philosopher comme ça ??? » La manière était drôle, avec parfois des allusions sexuelles à peine masquées, et une force dans le propos philosophique, une vision matérialiste absolue et fascinante !

J’enchaînais alors avec « Le Neveu de Rameau ».

Ce dialogue, cette satire à la Horace, mets en scène deux personnages : Lui et Moi. Moi, c’est supposé être Denis Diderot lui-même, se promenant de ci de là, et tombant par hasard sur Lui, supposé être le neveu de ce grand compositeur français, Jean-Philippe Rameau. Ce dernier ayant pour tendance de flatter les puissants en disant tout ce qu’ils veulent entendre, dont parfois du mal de son interlocuteur actuel, une discussion vive s’engage entre eux, qui tourne vite à la question morale par excellence : pourquoi faire le Bien ?

Mais le texte joue avec les codes classiques d’un tel dialogue, car nous pouvons voir dans chacun des points de vue déployés à la fois un jeu d’écriture, et Denis Diderot lui-même ! Car est présent, en fait : Denis Diderot l’homme, plus Denis Diderot l’écrivain mettant en scène ce texte, plus Denis Diderot tel qu’il se représente certainement sous les traits de Moi, plus Denis Diderot dans ce qu’il mets de sa propre jeunesse dans les caractéristiques de Lui ! Ce texte est un véritable jeu de miroir… qui essaie, par le discours que tient Lui, d’exposer que nous vivons dans un jeu de miroirs !…

Vertige des mots et plaisir du texte, je dois dire que ce livre m’a profondément marqué.

Une phrase, notamment… Lui fait remarquer à Moi la vacuité des relations humaines, et Moi est horrifié  (un peu comme les deux interlocuteurs dans Le Paradoxe sur le Comédien, quand l’un des deux fait découvrir à l’autre l’envers de la dispute qui a lieu sur la scène). Lui explique alors qu’ « On est dédommagé de la perte de son innocence par la perte de ses préjugés ».

Je vous laisse sur cette phrase, et, j’espère, sur l’envie de lire ce livre !

NB : À noter qu’il y a peu, Adèle Van Reeth, dans « Les Chemins de la philosophie » (sur France Culture), avait consacré tout une semaine aux « Lumières en dialogues ». Y furent abordés : la Correspondance de Voltaire, les Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle, les Lettres Persanes de Montesquieu… et Le Neveu de Rameau, justement. C’est ici :

 

Calendrier de l’Avent de la librairie, Jour 7 : Souvenirs terrestres, de Llewelyn Powys

J’ai découvert cet auteur grâce aux éditions Les Perséides. Bien sûr, je connaissais son frère, John Cowper Powys, philosophe et écrivain. Mais le nom même de Llewelyn m’était inconnu.

souvenirsterrestresPlus qu’un long discours, un extrait :

La vérité réside dans les fières processions de la matière qui sont révélées à nos sens incertains. Dans ce qui est vu, dans ce qui est entendu, dans ce qui est touché, goûté et senti, il n’y a pas de trahison. Seuls ces messagers sont fiables. Ici sont les fils d’or qui seuls peuvent nous mener sans traîtrise aux vrais états de la vision béatifique, éphémère et sublime, grâce à laquelle on arrive à percevoir par les sens le mouvement immortel qui anime la planète.

Je fus soudain tiré de mon extase. J’avais entendu un bruit : un bruit sensible et frais comme une pluie légère sur une feuille. La hase buvait.

Un texte magnifique, enchassé dans une édition magnifique faite par la prestigieuse maison Isolato,  et qui nous rappelle combien l’écoute de notre monde est centrale…

Calendrier de l’Avent, Jour 6 : Le Bonheur, essai sur la Joie, de Robert Misrahi

La philosophie n’est pas ce qu’on dit d’elle, généralement : une discipline qui serait déconnectée du monde et de la vie.

Tout au contraire, son véritable but, c’est d’aider à vivre.

Et ce livre de Robert Mirsahi le montre une fois de plus.

Le BonheurGrand spécialiste de Spinoza, ami et élève de Sartre, Robert Misrahi a toujours placé au centre de sa réflexion la recherche des conditions même d’unevie heureuse, véritablement. Interrogeant ici les Éthiques (d’Aristote et de Spinoza, principalement), essaie d’articuler le désir avec la vie heureuse, l’existence et la joie.

Le texte est lumineux, reste simple sans jamais être simpliste, et ouvre des perspectives de vie à qui veut bien s’y arrêter quelques minutes…