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Un écrivain de la mer : Édouard Peisson

Joli arrivage dans les câles de la librairie que ce bel ensemble de romans d’Édouard Peisson !

Peisson-1Édouard Peisson (Marseille 1896 / Ventabren 1963) est un écrivain trop peu connu du grand public. Bénéficiant d’une aura certaine chez les lecteurs d’aventures maritimes, il est quasiment inconnu du grand public (seuls quelques romans sont encore disponibles, malgré le grand nombre de romans écrits, et malgré « Le Voyage d’Edgar », qui fut le livre de lecture de toute une génération d’écoliers !).

20171212_112239Des promenades faites sur le Vieux-Port, avec son père et son grand-père, il gardera une véritable envie de mer. Dès qu’il le peut (à 18 ans), il s’embarque et commence sa carrière de marin de commerce.

20171212_112251Mais en 1923, c’est la crise dans le métier, et Édouard Peisson se retrouve débarqué. Il ne naviguera plus jamais. Il se lance alors dans une carrière d’écrivain, afin de retrouver (et de transmettre) ses sensations maritimes. Peu à peu, il se fait un nom dans le milieu, consacrant, chose rare, la quasi entièreté de son oeuvre à la marine marchande.

20171212_112316Ses personnages, forts et humains, racontent leur vie à bord des bateaux. Dans un style direct, sombre, presque sec, il mène ses livres comme on mène un navire : à bon port ! Son style dépouillé, cherchant toujours à ne dire que l’essentiel, reste l’une des grandes marques de fabrique de cet écrivain que l’on a parfois comparé à Joseph Conrad.

20171212_112304La librairie vient donc de rentrer une quinzaine de ses romans, tous chez Grasset, et tous dans un bel état.

Dans les jours qui viennent, ils arriveront à la vente ! Surveillez donc par ici. Et bon voyage !

Le libraire est dans le poste de radio (bis)

Toujours dans le cadre de l’émission « Il était une fois un livre » de la radio associative Fréquence 8 (sur le 90.5 en FM dans les villes de la Communauté de Communes autour de Montfort), j’ai discuté avec Natalie Ramage du livre « Le Problème Spinoza » d’Irvin Yalom.

yalomLa série d’émission consacré à ce livre passeront du lundi 18 au vendredi 22 septembre, vers 8h30 et vers 17h.

Nous avons parlé du livre… mais aussi beaucoup de Baruch de Spinoza, l’un de mes philosophes tutélaires…

Bonne écoute, et bonne lecture !

D, comme … « Le Neveu de Rameau » de Denis Diderot

Je vais essayer de ne pas vous faire fuir tout de suite, malgré l’aspect parfois poussiéreux que l’on veut bien prêter aux classiques… Car ce serait une chose bien dommage : ce texte est proprement prodigieux !

1315609-Portrait_de_Diderot_par_GarandMa première lecture d’une oeuvre de Denis Diderot était tardive, en classe de philosophie, à l’Université. Je n’avais pas eu la chance d’avoir à me frotter à ses textes avant, au lycée, et c’est bien dommage.

Mais c’est tant mieux : le choc n’en a été que plus grand.

Ce premier texte, c’était « Le Rêve de d’Alembert », lu pour le cours d’épistémologie de ma première année de fac, je pense. Et là, je me suis dit : « On peut aussi philosopher comme ça ??? » La manière était drôle, avec parfois des allusions sexuelles à peine masquées, et une force dans le propos philosophique, une vision matérialiste absolue et fascinante !

J’enchaînais alors avec « Le Neveu de Rameau ».

Ce dialogue, cette satire à la Horace, mets en scène deux personnages : Lui et Moi. Moi, c’est supposé être Denis Diderot lui-même, se promenant de ci de là, et tombant par hasard sur Lui, supposé être le neveu de ce grand compositeur français, Jean-Philippe Rameau. Ce dernier ayant pour tendance de flatter les puissants en disant tout ce qu’ils veulent entendre, dont parfois du mal de son interlocuteur actuel, une discussion vive s’engage entre eux, qui tourne vite à la question morale par excellence : pourquoi faire le Bien ?

Mais le texte joue avec les codes classiques d’un tel dialogue, car nous pouvons voir dans chacun des points de vue déployés à la fois un jeu d’écriture, et Denis Diderot lui-même ! Car est présent, en fait : Denis Diderot l’homme, plus Denis Diderot l’écrivain mettant en scène ce texte, plus Denis Diderot tel qu’il se représente certainement sous les traits de Moi, plus Denis Diderot dans ce qu’il mets de sa propre jeunesse dans les caractéristiques de Lui ! Ce texte est un véritable jeu de miroir… qui essaie, par le discours que tient Lui, d’exposer que nous vivons dans un jeu de miroirs !…

Vertige des mots et plaisir du texte, je dois dire que ce livre m’a profondément marqué.

Une phrase, notamment… Lui fait remarquer à Moi la vacuité des relations humaines, et Moi est horrifié  (un peu comme les deux interlocuteurs dans Le Paradoxe sur le Comédien, quand l’un des deux fait découvrir à l’autre l’envers de la dispute qui a lieu sur la scène). Lui explique alors qu’ « On est dédommagé de la perte de son innocence par la perte de ses préjugés ».

Je vous laisse sur cette phrase, et, j’espère, sur l’envie de lire ce livre !

NB : À noter qu’il y a peu, Adèle Van Reeth, dans « Les Chemins de la philosophie » (sur France Culture), avait consacré tout une semaine aux « Lumières en dialogues ». Y furent abordés : la Correspondance de Voltaire, les Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle, les Lettres Persanes de Montesquieu… et Le Neveu de Rameau, justement. C’est ici :

 

B, comme … Stéphanie Benson, et sa série « Al Teatro »

Stéphanie Benson est pour moi une écrivaine dont on ne parle pas assez. Auteure franco-britannique installée en France, elle exerce son métier d’éducatrice jusqu’en 1986, date à laquelle elle décide de prendre la plume. Et d’écrire directement en français : « Pour en finir vraiment avec l’Angleterre. C’était repartir à zéro, ne plus avoir de lien avec ce milieu plein de tabous et d’interdits. »

Elle signe plusieurs romans, policiers et jeunesse principalement, et commence à se faire un nom.

Et en 2001, elle lance son Grand Oeuvre : Al Teatro.

alTeatro1Ces romans peuvent être facilement caractérisés d’apocalyptiques : foisonnante, l’intrigue tourne autour d’un tueur en série, Milton, qui semble être le côté obscur du poète John Milton, l’auteur de Paradis perdu… et tout semble concourir à la fin du monde…

alTeatro2Les personnages et les événements s’enchaînent et s’entremêlent. Et là où, dans d’autres livres, les scènes chocs et les incidents de parcours ne sont que des pages racoleuses, dans Al Teatro, chaque ligne est maîtrisée et prend sa place dans le grand tout de ce Théâtre du monde.

alTeatro3J’avais découvert Stéphanie Benson avec son très bon Une chauve-souris dans le grenier, et ses romans pour la jeunesse (surtout ses volumes pour la série Le Furet, un univers partagé à la Poulpe, mais pour adolescents). Et c’est avec un choc violent que je plongeais dans ce cycle incroyable. Très clairement, ne pensez pas sortir de sa lecture indemne. Et certains passages risquent de mettre vos nerfs à très rude épreuve !

benson-all-cadreÀ noter que les éditions numériques (et papier) Publie.net ont réédité le cycle, en lui adjoignant un 4e volume, qu’il me tarde de lire (je viens d’en découvrir l’existence !)