Archives par mot-clé : Deuxième Guerre Mondiale

Le libraire est dans le poste de radio (bis)

Toujours dans le cadre de l’émission « Il était une fois un livre » de la radio associative Fréquence 8 (sur le 90.5 en FM dans les villes de la Communauté de Communes autour de Montfort), j’ai discuté avec Natalie Ramage du livre « Le Problème Spinoza » d’Irvin Yalom.

yalomLa série d’émission consacré à ce livre passeront du lundi 18 au vendredi 22 septembre, vers 8h30 et vers 17h.

Nous avons parlé du livre… mais aussi beaucoup de Baruch de Spinoza, l’un de mes philosophes tutélaires…

Bonne écoute, et bonne lecture !

J, comme … « Hopital Souterrain » d’Hervé Jaouen

Tout d’abord, trois mots : voila plus de deux semaines que je n’ai rien posté ici… Je pourrais vous dire que j’ai une excellente raison, tout ça, mais… ce n’est pas le cas ! J’ai juste été avalé par la quotidienneté de mon travail… Je me retrouvais, chaque soir, à me dire : « Mince, je n’ai toujours pas fait ma notule !… » Donc, aujourd’hui, je m’attache à mon fauteuil, et je m’y mets ! 😉

Donc, la lettre J… Et une double référence : l’auteur (Hervé Jaouen) et le lieu (Jersey). Le titre du roman ? « Hôpital souterrain ».

Hôpital SouterrainNous sommes donc à Jersey. Une petite fille vient de disparaître lors de la visite de l’Hôpital souterrain réalisés par les alliés durant la Deuxième Guerre Mondiale. Est-ce un simple incident ? Un enlèvement ? Plus que cela ? Des questions se posent, surtout devant la relation entre le père et la mère de la petite fille, qui montre nombre d’étrangetés… Et quel rapport cette disparition a-t-elle avec l’Histoire, celle de la Guerre bien sûr, mais aussi avec celle de Jersey elle-même, cette terre de sorcières de laquelle partirent nombre d’immigrants vers les États Unis, et spécialement vers Salem

Ce roman est, pour moi, l’un des plus aboutis et des plus étranges d’Hervé Jaouen. Là où on pouvait s’attendre à un roman policier assez classique, on tient en main une véritable plongée dans la psychologie des personnages, jusque dans leurs pensées les moins avouées. L’atmosphère, aussi, se fait des plus troublantes, et flirte très souvent avec le meilleur fantastique…

C’est une vraiment très belle lecture, que ce livre ! Et je vous le conseille sans avoir besoin d’aucune autre forme d’arguments, qu’un simple « LISEZ LE » !…

F, comme … « Fleurs de pierre », de Sakaguchi Hisashi

Cette série est l’une des plus grandes frustrations de ma vie de lecteur… et je suis sur le point de vous la faire vivre !…

fleurdepierre01J’ai découvert ces mangas (publiés en France en grand format, avec le sens de lecture occidental) tout juste après avoir lu la magnifique biographie (qui est à mon avis un pur chef-d’oeuvre) que Sakaguchi Hisashi a consacré au moine zen Ikkyû. Cette vaste fresque historique et philosophique m’avait passionné, et je cherchais alors tout ce qui était disponible du même mangaka.

fleurdepierre02J’ai donc lu sa petite vision science-fictive « Version », mais surtout, j’ai découvert « Fleur de pierre ».

Là aussi, nous sommes en présence d’une fresque historique : nous sommes en Yougoslavie, à la fin des années 30. Un groupe de jeunes écoliers se rendent en excursion de découverte géologique. À la sortie de la grotte, dans laquelle ils ont pu admirer les fameuses Fleurs de Pierre, qui fournissent le titre à la série, il se rendent compte que la deuxième guerre mondiale vient d’éclater (dans une planche d’une grande intelligence de mise en scène, e d’une force incomparable, mais je vous laisse le plaisir de la découvrir…)

fleurdepierre03La brutalité de l’Histoire (avec sa « grande Hache » dirait Georges Perec) cueille les élèves dans leur insouciance, et l’on s’attache à la trajectoire de certains d’entre eux, dans le quotidien de leur implication.

Et c’est là qu’intervient, comme je vous disais tout à l’heure, la frustration : devant le succès intimiste de cette série (nous sommes à l’époque où les éditeurs généralistes de BD sentent que la manga va prendre une place importante, mais n’y connaissent encore pas grand chose… Vents d’Ouest s’attendait-il, avec cette série, à un succès à la Dragon Ball ?…), l’éditeur décide de ne pas faire traduire les derniers tomes ! Trois volumes sont disponibles en France, alors que la série japonaise en compte six !

Il nous reste deux possibilités : apprendre le japonais, ou faire pression sur un éditeur pour qu’il se décide à reprendre la série dans son intégralité !…

En attendant, et malgré ça, la lecture de ces trois tomes reste indispensable, à mon avis, pour voir l’impact de l’Histoire sur la vie quotidienne, et pour comprendre les événements plus récents autour de la Yougoslavie.

« Vica défie l’Oncle Sam », ou la propagande nazie en bande dessinée…

Vica est un dessinateur au trait coloré et enjoué. Chacun de nous a au moins une fois vu l’une de ses réalisations : la célèbre publicité « Yabon » pour Banania.

Né a Kiev, de son vrai nom Vincent Krassousky (d’où le « V.K. » qui devient « Vica »), il est le fils d’un officier de l’armée du Tsar, disparu en Bulgarie. Sa mère et sa soeur sont tués par les révolutionnaires bolcheviques, et lui, s’enrôle à l’âge de 16 ans (en 1918) dans l’Armée Blanche de Wrangel, où il participe, pendant 2 années, à la guerre civile russe.

20170208_103901Arrivée en France en 1929, il est remarqué très tôt pour ses talents de dessinateur. Dès 1930, il réalise diverses publicités. Les éditions Gordinne (un éditeur belge) lui ouvre les portes pour produire les aventures d’un marin, très vaguement (vraiment très vaguement…) inspiré de Popeye… Ce marin sera nommé … Vica (sic !…)

Après l’Armistice de 1940, Vica reste à Paris. Il publie dans des illustrés pour la jeunesse autorisés par l’Occupant : le (relativement) sage Gavroche, mais aussi Le Téméraire, bien plus engagé… Dans cette lignée, il fait paraître en 1942, aux éditions Dompol, deux albums archétypaux de la propagande pro-nazie : « Vica au paradis de l’U.R.S.S. » et « Vica  contre les services secrets anglais ».

20170208_103930Mais c’est à la Société des Éditions Coloniales et Métropolitaines, toujours en 1942, qu’il fournit le plus rare de ces trois albums de propagande : « Vica défie l’Oncle Sam ». Profondément anti-américain et antisémite, l’album propose les aventures de son héros aux États Unis pendant la guerre, à grand renfort de caricatures et de photographies truquées.

Son trait est paradoxalement agréable et tout en rondeur, avec des couleurs vives et attrayantes, faisant assez penser à Calvo, qui lui-même officiait au même moment dans l’autre camp (et qui donnera en 1944 le fameux et magnifique « La Bête est morte »…).

20170208_103946Certaines sources affirment que deux officiers allemands furent adjoints à Vica pour la réalisation de ces trois albums de propagande : l’un pour la correction des textes, l’autre pour la réalisation des photo truquées.

20170208_103959À la fin de la guerre, Vica sera jugé, et condamné, pour ces activités de propagandiste, à un an de prison ferme, à une amende de 1000 francs, et à l’indignité nationale. À sa sortie de prison, il reprendra son activité de dessinateur sous le pseudonyme de Tim dans le magazine « Cadet Journal ». On perd sa trace en 1946.