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Jeanne Malivel et ses gravures sur bois

Sous une reliure amateure muette se cache un très joli ouvrage…

20190615_093949Il s’agit de l’ « Histoire de notre Bretagne » de C. Danio (pseudonyme de l’écrivaine Jeanne Correler-Danio). Ce texte est assez contestable et contesté dans son déroulé et ses pré-requis idéologiques. On peut par exemple lire dès les premières lignes une charge contre les échanges culturels, une apologie des Celtes comme seuls à « garder l’ancienne tradition », et une description très aryenne du peuple breton (« Les Celtes étaient grands, blonds, avec des yeux clairs »). Il n’est nullement étonnant dans ses conditions de voir cette autrice se ranger du côté des Occupants lors de la Deuxième Guerre Mondiale.

20190615_094421L’ouvrage est par contre un chef-d’oeuvre esthétique, car les gravures (toutes sur bois) ont été réalisées par la grande artiste Jeanne Malivel.

20190615_094031Cette artiste majeure de l’époque (et qui croisera et se mesurera avec les plus grands, Maurice Denis en tête) découvrit la xylogravure en 1919, et donna à cette technique parmi ses plus belles oeuvres.

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Cette « Histoire de notre Bretagne », publiée en 1922, montre combien très vite Jeanne Malivel a maîtrisé son sujet, et produit des oeuvres de tout premier plan.

20190615_094155 Elle continuera d’utiliser la xylogravure jusqu’à sa mort en 1926. Elle était même devenue professeure de gravure à l’École des Beaux-Arts de Rennes dès 1923.

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Ses compositions sont à la fois très marquées par l’époque de production (il faut se souvenir combien la gravure sur bois est importante dans les productions livresques, depuis les années 10 et jusqu’aux années 30) mais en même temps, et surtout, totalement novatrices et modernes, encore maintenant, tant dans l’organisation interne de la gravure que dans la place qu’elle donne à celle-ci dans la page imprimée.

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Et cet ouvrage propose un nombre assez impressionnant d’oeuvres de bois de Jeanne Malivel, toutes, ou quasi, portant sa signature, elle aussi graphique et moderne :
20190615_094506Venez donc plonger dans son oeuvre, et découvrir l’ouvrage à la librairie (ou sur internet).

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez aussi effectuer une première approche avec les fiches Wikipedia de Jeanne Malivel et de Jeanne Corroler-Danio, ou ce petit reportage INA de 1995 qui lui est consacré.

La première mouture du Virgile de la famille Elzevier !

Sous une jolie reliure en plein maroquin rouge, c’est un petit morceau d’histoire qui vient de passer la porte de la librairie !

0-virgile_02Il s’agit d’une magnifique édition du « P. Virgilii maronis Opera » de 1636, éditée à « Lvgb Batavor » (c’est à dire Leyden, au Pays Bas) par la grande famille de typographes et éditeurs Elzevier (l’ouvrage est « ex officina Elzeviriana »)

0-virgile_01Les Elzevier sont une importante famille dans l’histoire du livre. Ils publièrent de magnifiques volumes, tout au long du XVIIe siècle, un fils succédant à son père à la tête de l’entreprise familiale durant de nombreuses générations. Désirant publier des ouvrages plus petits, ils inventèrent un petit élément typographique essentiel et encore utilisé aujourd’hui : l’empattement (appelé également « sérif »). Ce petit triangle placé aux extrémités des caractères permet une lecture plus facile, et donc permet de réduire la taille des caractères, donc aussi des volumes !

0-virgile_05L’un des chefs-d’oeuvre typographiques de cet éditeur sont les oeuvres de Virgile publiée en 1676. Mais ce qu’il faut avoir, c’est que ce volume fut précédé, dès 1636, d’une première version, déjà fort importante.Mais en quête de perfection absolue, le fils reprit en 1676 le travail que le père avait fait en 1636, afin de fournir un texte le plus abouti et le plus parfaitement réalisé possible. Notre volume représente donc la première mouture de cette magnifique publication. Elle est déjà accompagnée de sa carte dépliante qui retrace le voyage d’Énée.

0-virgile_04Notre exemplaire, qui plus est, possède en page de garde antérieure un magnifique blason, en noir et blanc. Ce blason est en fait « d’azur au chevron d’or, accompagné en pointe d’un coq de même ». Ce blason est surmonté d’une couronne, et sous lui, cinq croix honorifiques sont disposées (une à cinq branches, les quatre autres à quatre). Le tout prend place sur un drapé, surmonté d’une seconde couronne.

0-virgile_03Après recherche, j’ai appris que ce blason était celui de Jacques-Joseph Corbière. Cet homme politique français, né en 1766 en BretagneCorps-Nuds), fut avocat au Parlement de Rennes, puis juge de police en 1793. Le 14 avril 1797 (soit le 25 germinal de l’an V), il est élu député pour la première fois (il le sera régulièrement jusqu’à sa mort). Siégeant parmi les Ultras (les « ultraroyalistes », qui souhaitaient le retour d’une royauté de plein droit), il est anobli et créé comte en 1822. C’est à ce moment là qu’il prend pour blason celui qui se trouve sur notre ouvrage. Il occupera aussi le poste de Ministre de l’Intérieur en 1821 (poste où, par exemple, il combattra la liberté de la presse). Il est mort à Rennes en 1853.

J’ai l’habitude de dire qu’un libraire d’occasion fait en réalité mille métiers, parmi lequel « Détective privé » semble toujours, à mes interlocuteurs, le plus étonnant… Mais c’est bien de cela qu’il s’agit ici : prendre en compte les indices, recouper les informations, remonter les pistes… Et je dois bien vous avouer une chose : j’adore ça ! 😀

Le Cartulaire de Redon en fac-simile

Un très beau fac-simile d’ouvrage ancien est maintenant disponible à la librairie : celui du Cartulaire de Redon.

BZ00418GLe Cartulaire de Redon contient les copies des titres de propriété collationnées par l’abbaye Saint-Sauveur, fondé à Redon en 832. Cette collation va débuter couvrir des actes et des chartes datées de la fin du VIIIe siècle au milieu du XIIe siècle.

Cet ensemble représente une source majeure pour connaître l’Histoire de la Bretagne à l’époque médiévale.

Ce fac simile a été réalisé par l’Association des Amis des Archives Historiques du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo.

Cette édition se présente en deux grands volumes in-folio, cartonnés sous toile de couleur brique, avec impression dorée du titre sur le premier plat. Le fac-simile lui-même couvre la quasi totalité du premier volume. Le reste représente un appareil critique de grande importance.

 

Sur les chemins de la Bretagne de Madeleine Desroseaux

Madeleine Desroseaux fait partie de ces inconnues célèbres qui ont laissé une trace ténue mais bien présente dans l’histoire littéraire, notamment bretonne.

MDesRNée à Rennes le 9 septembre 1873, elle publie très tôt des poèmes dans la presses locale. C’est dès cette époque qu’elle choisit son pseudonyme, Madeleine Desroseaux (elle s’appelle  en réalité Florentine Monier). En 1895, elle épouse André Degoul, un professeur de mathématique de Lorient, qui écrit lui aussi de la poésie.

BZ00264MC’est en 1882 qu’elle fait paraître son premier ouvrage, une plaquette de vers, intitulée  « Chaîne fleurie ».

C’est aussi à cette époque qu’avec son mari, elle édite la revue « Le Clocher breton ». C’est une revue mensuelle, traitant de la Bretagne et des pays celtiques, qui sera à l’origine du mouvement de renaissance culturel breton. On peut y lire l’actualité régionale dans les domaines artistiques, littéraire, et culturel. Le premier numéros est parrainé par Pierre Loti, et on croisera au fil des numéro l’élite culturelle de la Bretagne, comme Théodore BotrelLoeiz Herrieu, Anatole Le Braz, Charles Le Goffic, ou encore Jean-Pierre Calloc’h (qui d’ailleurs sera révélé par la revue). Autour du couple s’organise un mouvement breton, qui se fait tout à la fois culturel et amical, et c’est tout naturellement que naît chez eux un salon littéraire.

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Le couple André et Florentine Degoul sera d’ailleurs récompensé en 1913, par Raymond Poincaré, alors Président de la République, pour l’ensemble de ces publications.

Après la Première Guerre mondiale, Madeleine Desroseaux continue à publier ses oeuvres, où elle décrit la Bretagne telle qu’elle l’aime, avec ses sentiers, ses églises, ses fleurs d’ajoncs et ses cimetières… L’une de ses grands succès, « Les Heures bretonnes », sera couronné par l’Académie française en 1931.

Elle disparaît le 3 mai 1939, après avoir publié, en son nom propre, une dizaine d’ouvrages, dont :

  • Chaîne fleuri (1882)
  • La Bonne Auberge, comédie en 1 acte, en prose, par Madeleine Desroseaux et René Saib (André Degoul). (Le Clocher Breton (Lorient), 1902).
  • Les Heures Bretonnes. Préface de Charles Le Goffic. (Librairie académique Perrin et Cie / Éditions de la Revue des Poètes, 1930)
  • Du soleil sur la lande, Contes de Bretagne (Tallandier, 1932)
  • Felix, clerc de notaire. Roman breton (Éditions du courrier littéraire, 1935)
  • La Bretagne inconnue (Plon, 1938)
  • Sur les chemins de Bretagne. 2 volumes posthume. (Éditions du Clocher Breton, 1943-1944)

 

Calendrier de l’Avent de la librairie, Jour 3 : La Bretagne, par Albert Robida

Ce livre de périgrination en Bretagne est le premier des cinq volumes qu’Albert Robida va consacrer à la « Vieille France » et ses provinces (suivront la Touraine, la Normandie, la Provence et Paris).

vieille-france-bretagneParcourant la région, Albert Robida va nous fournir une sorte de reportage, en texte et dessins, sur tout ce qui arrêta son attention : les pierres et l’humain. Maisons à colombage, calvaires, enclos paroissiaux, villes moyen-âgeuses aux ruelles étroites, voila ce qui arrête et fascine l’auteur. Mais toujours dans un rapport très étroit avec les habitants de ces lieux.

Son petit-fils, Michel Robida, commente d’ailleurs : « Je ne connais pas de lui une seule vision de campagne qui ne soit ramenée aux proportions humaines par la présence d’un hameau, d’une ferme, d’un moulin, à tout le moins d’une carriole bâchée de toile ; seule la forêt peut se passer pour lui de toute figuration. »

Quelques pages sont même consacrées à Montfort (dans lesquelles il raconte la légende de la cane et immortalise la Tour du Papegault).