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La Croisière des enfants, d’André Hellé

André Hellé (de son vrai nom André Laclôtre, 1871-1945) a été l’un des artistes les plus novateurs de son temps. Son trait épuré, ses aplats de couleurs, en font un artiste profondément moderne.

EF00464G-bReconnu dès le début de ses créations, il fera dire de lui : « On cherchait en vain à [l’]art audacieux [des livres pour enfants] un ancêtre à travers la longue et noble lignée des illustrateurs du XIXe siècle. Andre Hellé c’était tout neuf. (…) Dédaignant les détails, Hellé avait saisi le rythme caché et il le traduisait avec une apparente naïveté. (…) Avec lui le mouvement moderne de peinture est entré dans l’illustration du livre pour enfants » (Claire Huchet Bishop, dans la French Review, en 1936)

EF00464G_2EF00464G_3La librairie est heureuse de proposer à la vente un ouvrage magnifique de cet artiste, cette « Croisière des enfants », dans un vraiment bel état.

Ce livre, comme beaucoup d’autres, est présenté dans notre deuxième liste thématique, consacré à une sélection d’enfantina (ancien comme moderne), de BD et de beaux livres… Vous pouvez télécharger ladite liste ici :

EnfantinaDes exemplaires papier de la liste sont disponibles en librairie (ou sur demande par mail).

Les Mirifiques Aventures d’Albert, Toto, Black et Jacquot, de J.-Jacques Roussau

S’il est un domaine dans lequel L’Ouest-Éclair, fameux journal, ne semblait pas des plus à l’aise, c’est bien le feuilleton pour enfants. Depuis le début du siècle, les Offenstadt inondent le marché avec leurs publications, et c’est en 1927 que la direction du journal décide de donner une place dans ses pages à une publication pour enfant.

BD00730G_2Chaque jeudi paraît alors une demi-page, faite de 16 vignettes (à bulles !), qui raconte les aventures de deux garçons, avec leur chien et leur perroquet, embarqué autour du monde, avec le capitaine du bateau qui cherche toujours à leur nuire… et qui, immanquablement, voit ses plans se retourner contre lui ! Ce sont « Les Mirifiques Aventures d’Albert, Toto, Black et Jacquot » de Jean-Jacques Roussau (sans le *e* 😉 )

Dès la fin de cette publication, un album est édité par R. Bachelet, qui regroupe l’ensemble des planches, inaugurant ainsi les premiers « produits dérivés » issus de L’Ouest-Éclair !

BD00730GC’est cet album que la librairie propose aujourd’hui à la vente !

« La K7, le plein d’infos », ou le magazine audio en vente sur les aires d’autoroute

Une étrangeté sur le blog de la librairie, à nouveau, après les livrets Nutella : « La K7 Le Plein d’infos ».

Début 1998, apparaît une cassette audio, dans une protection cartonnée, et qui est vendue uniquement sur les aires d’autoroute et dans les stations services. L’idée est de proposer, deux fois par mois, l’équivalent sonore d’un magazine papier de reportages.

VP00052PPas vraiment une somme de chroniques de type radio, assurément pas des articles de presse écrite, dont pourtant ils s’inspirent fortement, ces cassettes audio relèvent assurément de l’inclassable. Sans compter que leur lancement se fait au moment de la disparition de la cassette audio au profit du CD ! Quel timing ! 😉

Nous venons de mettre la main sur les trois premiers numéros, et on ne sait pas si ce sont les seuls numéros parus… Voici les sommaires…

N°1 (14 janvier 1998) :

  • Daniel Herrero : un homme … etc.
  • Reporters sans Frontières
  • Le Mystère de Pigalle
  • 7, 8, 9 : téléphonez malin !
  • Le scandale de l’amiante
  • L’enfant qui voulait voir la mer
  • Une greffe de foie exceptionnelle
  • Mode : Rondes de nuit
  • Cuba : peso ou dollar ?

N°2 (28 janvier 1998) :

  • Droits de l’Homme : les héritiers de Zola
  • Mondial, rêve de gosses
  • 08 36 … : un drôle de numéro
  • Une braguette à 200.000 $
  • Alerte au mercure ?
  • Angoulême : capitale de la B.D.
  • Vous avez dit Laguiole
  • Cuba pas très catholique

n°3 (sans date) :

  • Spécial coupe du monde : interview en coup d’envoi, Jean-Luc Delarue
  • Spécial coupe du monde : Nathalie Le Gall, l’affiche
  • Spécial coupe du monde : La sécurité, le foot au féminin
  • Le « X » de Pamela Anderson
  • Les belles préfèrent les laids
  • La colère d’un chômeur
  • Une « Brève de comptoir »
  • Quentin, 12 ans, surdoué
  • La vie quotidienne à Cuba

Et il y a, dans chaque numéro, les instructions pour gagner un voyage à Cuba (d’où également les reportages systématiques).

L’animateur est Gilles Roussel, c’est produit par D.M.J. (à Paris), avec l’Agence Tandem au service de presse…

Que dire de plus, sinon que je ne sais pas grand chose d’autre sur ces objets sonores ?… D’ailleurs, si certains d’entre vous en savent plus, écrivez moi, j’étofferai cet article…

G, comme … « Grounded » de Mark Sable et Paul Azaceta

C’est aussi pour ça que j’aime mon métier : à tout moment, quelqu’un peut pousser la porte pour me proposer des livres… On discute alors un peu, j’achète un lot, parmi lequel un ouvrage qui me fait de l’oeil.

Je l’emporte à la maison pour le lire…

groundedC’est exactement ce qui s’est passé avec Grounded, de Mark Sable et Paul Azaceta, une BD américaine, traduite en français chez Angle Comics.

Ce fut une très agréable lecture.

Jonathan, un jeune garçon, est persuadé qu’il deviendra un super-héros, comme tous ces personnages qu’il lit dans les comics achetés régulièrement. Il a beau se coudre, comme il peut, un costume, ou se coller des ailes dans le dos et sauter du toit (si si !…), ça ne marche pas…

Par contre, lorsqu’il découvre que ses propres parents sont des super-héros, pire, que le monde entier est peuplé de super-héros, qu’est-ce qu’il lui reste à faire ?…

Vraiment, je vous conseille cette BD, qui nous permet de passer un très agréable moment.

C, comme … « Colt Bingers l’insoumis », une BD de Lionel Chouin et Pascal Jousselin

Mon histoire de lecteur de BD est diverse et variée. Comme beaucoup de personnes de mon âge, je lisais les albums de Tintin, d’Astérix ou de Spirou que je recevais pour mes anniversaires, à noël, ou lors de diverses occasions. Quand j’avais trois sous, je me tournais vers les revues. Je plongeais aussi bien dans les pages de « Pif Gadget » que dans celles pleines de super-héros des éditions Lug (Strange et Titans en tête).

Puis j’ai découvert, un peu plus tard, la revue Fluide glacial. Et si les BD de Manu Larcenet étaient les histoires qui me plaisaient le plus dans leurs pages, je dois dire que le ton général de la revue m’a véritablement marqué.

Enfin, toujours quelques années plus tard, je plongeais dans certaines pages des BD dite indépendantes. Si les réalisations trop intellectualisantes avaient tendance à me faire fuir, les volumes d’Étienne Lecroart, de Jean-Philippe Peyrault ou de David Vandermeulen furent de très bon moments de lecture.

Et ceux de Pascal Jousselin aussi.

colt-bingersCet album intégrale de la série « Colt Bingers » regroupe ainsi pas mal d’éléments de mon histoire. Cette BD fut réalisée par Pacal Jousselin et Lionel Chouin, avec son ton décalé estampillé Fluide Glacial.

Le scénario est très seventies américain : un policier doué mais jouant avec les limites de la loi veut venger la mort de sa femme, tuée par un borgne unijambiste ! Dans ce Colt Bingers, il y a de l’insecteur Harry, du Colt Seavers (d’ailleurs, que les deux noms sonnent de manière identique n’est pas un hasard)…

Et sous les aspects post-modernes de la série (la BD fonctionne à la fois comme une BD policière classique et aussi comme une parodie) (comme l’a écrit, de la meilleure manière à mon avis, Francis Valéry, le post-moderne, c’est « le beurre et l’argent du beurre » …), il y a une jolie dénonciation du mythe du héros qui s’excepte de la loi du commun.

Bref, c’est une lecture plaisante, et qui vous laisse, une fois la BD refermée, quelques petites idées qui feront leur chemin dans votre vision du monde. Que demander de plus ?

Lili, Aggie, Bibi et les autres… Un petit tour de la collection « Jeunesse Joyeuse » !

Joli arrivage à la librairie d’une cinquantaine d’ « albums de la jeunesse joyeuse » !

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Parmi les titres en rayon, les quatre séries principales :

  • Aggie :

BD00221MAggie, c’est la jeune fille moderne par excellence. Une sorte de Cendrillon (orpheline de mère, père remarié, souffre-douleur dans sa famille), la modernité en plus, avec un sens aigu de la vie et une ribambelle d’amis.

  • Bibi Fricotin :

BD00196MBibi Fricotin est un garçon amusant et facétieux. Aidé de son fidèle ami, Razibus, il vit des aventures endiablées de redresseur de tord !

  • Lili :

BD00181MLili ( de son vrai nom Élisabeth Alice Amélie Élise Marie-Line d’Orbois) (on comprends qu’elle préfère le diminutif Lili…) a connu de nombreuses aventures et avatars. Elle est surtout connue pour être cette adolescente débrouillard des années 50 (mais ses aventures dans les premiers Fillette faisaient d’elle une jeune fille, puis une jeune mariée, etc.)

  • Les Pieds Nickelés :

BD00166MLes trois Pieds Nickelés, respectivement dénommés Croquignol, Filochard et Ribouldingue, sont roublards et impertinents. Ce sont trois crapules, champions de la débrouille, diablement et joyeusement contestataires, qui ne manquent jamais une occasion pour se moquer des nantis et des imbéciles, d’eux-mêmes et de nous !

« Vica défie l’Oncle Sam », ou la propagande nazie en bande dessinée…

Vica est un dessinateur au trait coloré et enjoué. Chacun de nous a au moins une fois vu l’une de ses réalisations : la célèbre publicité « Yabon » pour Banania.

Né a Kiev, de son vrai nom Vincent Krassousky (d’où le « V.K. » qui devient « Vica »), il est le fils d’un officier de l’armée du Tsar, disparu en Bulgarie. Sa mère et sa soeur sont tués par les révolutionnaires bolcheviques, et lui, s’enrôle à l’âge de 16 ans (en 1918) dans l’Armée Blanche de Wrangel, où il participe, pendant 2 années, à la guerre civile russe.

20170208_103901Arrivée en France en 1929, il est remarqué très tôt pour ses talents de dessinateur. Dès 1930, il réalise diverses publicités. Les éditions Gordinne (un éditeur belge) lui ouvre les portes pour produire les aventures d’un marin, très vaguement (vraiment très vaguement…) inspiré de Popeye… Ce marin sera nommé … Vica (sic !…)

Après l’Armistice de 1940, Vica reste à Paris. Il publie dans des illustrés pour la jeunesse autorisés par l’Occupant : le (relativement) sage Gavroche, mais aussi Le Téméraire, bien plus engagé… Dans cette lignée, il fait paraître en 1942, aux éditions Dompol, deux albums archétypaux de la propagande pro-nazie : « Vica au paradis de l’U.R.S.S. » et « Vica  contre les services secrets anglais ».

20170208_103930Mais c’est à la Société des Éditions Coloniales et Métropolitaines, toujours en 1942, qu’il fournit le plus rare de ces trois albums de propagande : « Vica défie l’Oncle Sam ». Profondément anti-américain et antisémite, l’album propose les aventures de son héros aux États Unis pendant la guerre, à grand renfort de caricatures et de photographies truquées.

Son trait est paradoxalement agréable et tout en rondeur, avec des couleurs vives et attrayantes, faisant assez penser à Calvo, qui lui-même officiait au même moment dans l’autre camp (et qui donnera en 1944 le fameux et magnifique « La Bête est morte »…).

20170208_103946Certaines sources affirment que deux officiers allemands furent adjoints à Vica pour la réalisation de ces trois albums de propagande : l’un pour la correction des textes, l’autre pour la réalisation des photo truquées.

20170208_103959À la fin de la guerre, Vica sera jugé, et condamné, pour ces activités de propagandiste, à un an de prison ferme, à une amende de 1000 francs, et à l’indignité nationale. À sa sortie de prison, il reprendra son activité de dessinateur sous le pseudonyme de Tim dans le magazine « Cadet Journal ». On perd sa trace en 1946.